La récente crise économique a projeté une ombre immense, dépassant largement le simple cadre des indicateurs financiers pour engendrer une profonde crise sociale, fondamentalement une crise de confiance. Cette période de désillusion généralisée a été marquée par l'érosion du capital social accumulé, cet atout intangible essentiel, fondé sur une volonté collective de coopérer et indispensable au bon fonctionnement de toute économie. Lorsque le capital social est florissant, la coopération s'épanouit, les coûts de transaction diminuent, la gouvernance gagne en efficacité et l'action collective se déroule avec plus d'aisance. Or, les pertes économiques considérables et la montée du chômage ont brutalement interrompu les perspectives d'amélioration pour d'innombrables individus et nations, engendrant un profond sentiment de désillusion.
Cette étude approfondie explore les répercussions multiformes de la crise sur les différentes dimensions du capital social, proposant une vision globale et multidimensionnelle de ce concept crucial. Elle analyse avec minutie la dimension économique du capital social, en employant une méthodologie rigoureuse développée par les auteurs pour actualiser les séries existantes pour les pays de l'OCDE, et plus particulièrement pour l'Espagne, jusqu'à ses régions et provinces autonomes. Au-delà des indicateurs économiques, l'étude examine également la participation citoyenne, la dynamique complexe de la confiance entre les individus et envers les institutions, ainsi que la densité des réseaux sociaux, en s'appuyant sur de vastes données Eurobaromètre pour mettre en lumière les évolutions de ces composantes essentielles du capital social.
Les résultats révèlent une réalité frappante : les résultats économiques exercent une influence considérable sur de nombreuses dimensions du capital social. Cela inclut non seulement les aspects liés aux niveaux d'activité économique, mais aussi, et c'est crucial, la confiance du public envers les institutions gouvernementales et publiques. Face à l'échec des espoirs d'amélioration matérielle et à la déception causée par la dure réalité de la crise, la réputation des institutions publiques a été fortement ébranlée, entraînant un net recul de la volonté collective de coopérer. Les implications sont profondes et suggèrent que les possibilités mêmes d'une reprise rapide après la crise sont fortement limitées par la diminution de ce capital social essentiel.
Il est intéressant de noter que, tandis que la confiance envers les institutions s'effondrait, d'autres facettes du capital social ont fait preuve d'une plus grande résilience. La confiance interpersonnelle, la participation citoyenne et la densité des réseaux sociaux, par exemple, se sont avérées plus résistantes aux effets néfastes du ralentissement économique, se maintenant plus fermement au milieu des turbulences. Cependant, un examen plus approfondi de la confiance interpersonnelle révèle une tendance nuancée et préoccupante. Si le niveau global de confiance entre les individus peut afficher une légère hausse, une analyse plus poussée met en lumière une forte polarisation. Les groupes les plus durement touchés par la crise – les personnes à très faibles revenus, les chômeurs et les travailleurs précaires – manifestent une baisse significative de leur confiance envers autrui. À l'inverse, ceux qui ont été relativement épargnés par la crise tendent à faire preuve d'une confiance accrue envers leurs concitoyens.
Durant cette période de difficultés économiques, la satisfaction à l'égard de l'état général de l'économie s'est révélée être la variable la plus déterminante pour expliquer les variations de la confiance interpersonnelle. La crise a creusé le fossé entre les plus durement touchés et les plus favorisés, engendrant des attitudes de plus en plus divergentes. Cette inégalité socio-économique croissante a engendré une polarisation des attitudes envers autrui, un phénomène qui érode fondamentalement les fondements mêmes de la cohésion sociale. Des facteurs tels que l'insécurité publique exacerbent encore cette vulnérabilité au sein des populations les plus durement touchées, diminuant la confiance interpersonnelle. Si la participation citoyenne joue un certain rôle correctif, sa capacité à contrer pleinement ces forces demeure limitée.
De façon peut-être plus frappante, la confiance dans les institutions, notamment celles de représentation, a connu un déclin radical durant la crise. Avant la récession, la satisfaction à l'égard du fonctionnement de la démocratie était la principale variable explicative de la confiance institutionnelle. Durant la crise, alors que le pouvoir explicatif de cette variable s'est intensifié, la satisfaction et la confiance dans les institutions sont devenues de plus en plus dépendantes de la perception qu'ont différents groupes de la capacité d'une institution à servir véritablement leurs intérêts. Autrement dit, la situation socio-économique personnelle a commencé à fortement influencer la perception des institutions. Les chômeurs, les travailleurs indépendants et les bénéficiaires de l'aide sociale, par exemple, sont devenus nettement plus critiques envers le Parlement, tandis que ceux qui vivent de leurs placements ou de leurs loyers ont vu leur confiance chuter drastiquement.
En définitive, les données suggèrent que, dans un contexte de crises économiques profondes et brutales, les variables socio-économiques jouent un rôle prépondérant dans l'explication des fluctuations de la confiance, tant interpersonnelle qu'institutionnelle. Ce phénomène est principalement dû à l'aggravation des inégalités, qui alimente un processus général de polarisation des attitudes où la situation économique personnelle devient déterminante. La crise modifie donc profondément les facteurs sous-jacents à la confiance, les disparités socio-économiques devenant un moteur essentiel de ces transformations.