Un murmure profond et mélancolique résonne à travers l’immense étendue, interrogeant les larmes mêmes qui coulent des yeux des Anges de l’Amour. Pourquoi pleurent-ils devant les fenêtres du Paradis, alors que la vérité elle-même semble s’être perdue au profit des dés usés d’un futur qui a oublié de partager ses numéros gagnants avec nous ? C’est un cri né des profondeurs d’une existence mêlée à la profonde tristesse d’un amour qui croyait, dès sa jeunesse, que notre regard lui appartiendrait à jamais, à travers les Horizons de l’Infini où il aimait si souvent courir.
On se retrouve à courir à travers des faisceaux de Rêves, tranchés par la faucille des Illusions de la Mort, posées sur le front des Rides qui nous ont arrachés à nous-mêmes. Nous nous noions dans la lave incandescente du Remords, dont nous avons forgé des Cœurs de Tourmente, destinés à écraser nos Espoirs avec leurs battements incontrôlés, absurdes et froids – des espoirs qui osent encore s’interroger sur nous.
La pluie tombe, composée des Cœurs de Pierre des Souvenirs, sur la Solitude Infinie que nous sommes destinés à accompagner dans son voyage vers la Mort. À cette fin, nous devons notre Amour même, qui a rouillé aux recoins des Attentes, de plus en plus longtemps et plus insupportable, pour un Bonheur qui s’est fané dans le bouquet de regrets offert au bal d’un Destin si corrompu par les illusions de la Vie. À tel point qu’aucun d’entre nous n’a jamais su que, même avant la naissance, nous étions embaumés par la Souffrance dans les Non-Sensialités de l’Existence, appartenant à un Dieu de Personne.
L’essence même de l’être est souvent définie comme un pari, un pari périlleux accompagné d’Espoir, mais jamais abandonné au caprice du libre arbitre. Cette liberté, si elle existait vraiment, pourrait permettre le changement, mais au contraire, elle nous confine à simplement juger notre propre existence, éternellement enfermée, cherchant à surmonter l’absurde. L’amour, dans sa forme la plus pure, a été taillé dans la Solitude, dans le Rocher des Larmes, dans les Yeux de l’Éternité lui-même. Ces profondeurs ont été scrutées avec le tranchant des Questions, les mêmes questions qui ont construit l’image de l’Amour, encadrée dans le Ciel de vos Yeux, une icône de la Vérité Absolue. À cette Vérité, on prie pour rester soi-même, le vagabond.
Nous érigeons les murs de nos Identités sans abri avec des Moments de plus en plus malades, des moments qui semblent destinés à ne jamais guérir du froid des infidélités de l’Absurdité. Dans son étreinte, nous sommes contraints de porter sur les épaules de l’Impuissance le fardeau de tant de Vanités, devenant plus lourdes et dépourvues de Sens. Nous cherchons en vain le Chemin pour se réunir sur le zèbre du Bien et du Mal avec une Mort salvatrice, la compagne même avec laquelle nous avons croisé nos chemins pour la première fois dans le printemps lumineux des sentiments naissants, dont les feuilles semblent tombées bien avant le Temps lui-même, sur des branches désormais stériles et sèches.
Le voyage à travers ce paysage de l’âme est une exploration profonde et poignante des liens entre l’Amour et les Illusions de la Vie et de la Mort, une tapisserie tissée de fils philosophiques qui remettent en question le tissu même de l’être. C’est une déclamation passionnée, née peut-être d’un traumatisme intérieur profond que le poète cherche à exorciser et à élever, plutôt que d’une paix d’esprit sereine ou d’une harmonie réfléchie.