L’État indépendant de Croatie, né du démembrement de la Yougoslavie en avril 1941, est apparu comme un creuset de l’occupation de l’Axe, où les ambitions impériales distinctes mais entremêlées de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste se sont heurtées et convergent. Cette entité nouvellement formée, englobant la Croatie, la Syrmie, la Slavonie et la Bosnie-Herzégovine, est devenue un laboratoire sombre pour l’imposition du pouvoir, révélant les dures réalités d’un « Nouvel Ordre européen » pour les États satellites sous l’influence de régimes fascistes locaux comme les Oustachis.
Dès le départ, une ligne de démarcation traversait la NDH, séparant les zones d’influence allemande et italienne, mais les deux puissances faisaient face à une conjonction de défis politiques, économiques et militaires rarement vus dans un seul théâtre de la Seconde Guerre mondiale. Leurs idéologies respectives de « Lebensraum », bien que divergentes dans leurs visions ultimes - l’Allemagne regardant la région comme un espace économique complémentaire, l’Italie poursuivant son « spazio vital » - ont façonné leurs approches initiales. Les Allemands, par exemple, s’appuyaient sur leurs populations allemandes pour consolider le contrôle, une stratégie souvent accueillie avec ressentiment par leurs alliés italiens.
Les premières années de l’occupation, de 1941 à 1943, furent marquées par une violence généralisée et omniprésente. Les forces allemandes et italiennes employaient toutes deux des stratégies et pratiques répressives, différant non tant par leur brutalité intrinsèque que par leur efficacité et leur discipline. Bien que les récits populaires dépeignent parfois les soldats italiens comme moins cruels, la réalité sur le terrain suggérait une différence dans la rigueur de la formation et de l’organisation plutôt qu’une disparité fondamentale dans leur capacité à la violence. La violence de masse, la persécution, le nettoyage ethnique et la guerre civile devinrent le tissu quotidien de la population, portés par les puissances de l’Axe et leurs collaborateurs oustachis.
Les politiques économiques au sein du NDH se sont révélées particulièrement difficiles pour les deux occupants. La terre souffrit d’une production locale faible, d’une inflation galopante aggravée par la présence de troupes étrangères, et de l’impact dévastateur des massacres de masse qui dépeuplèrent les villages. Aggravée par un marché noir florissant et une corruption endémique au sein des institutions étatiques croates naissantes, la région est devenue un témoignage des difficultés à maintenir un territoire occupé sous une telle contrainte.
Un aspect important de cette période fut l’approche contrastée, mais souvent mal interprétée, de la population juive. Bien que la défense des Juifs par des soldats de l’Armée royale italienne ait été notée, elle est comprise comme une conséquence de politiques spécifiques mises en œuvre par Rome, entremêlées d’impulsions humanitaires individuelles des hommes sur le terrain, plutôt qu’une supériorité morale générale. Cette compréhension nuancée remet en question des interprétations plus simples et souligne les motivations complexes en jeu au sein de l’alliance de l’Axe.
Après la capitulation de l’Italie en septembre 1943, la dynamique de l’occupation changea radicalement. Les forces allemandes se sont rapidement déplacées pour conquérir l’ancienne zone italienne, étendant ainsi leur contrôle direct sur l’ensemble de la NDH. Cette transition marqua une nouvelle phase de la guerre pour la Croatie, la présence allemande s’intensifiant jusqu’en 1944/1945, poursuivant le cycle de conflits et de souffrances sous une occupation unique, bien que tout aussi brutale. L’État indépendant de Croatie, tout au long de son existence turbulente, a ainsi servi d’exemple frappant des fondements idéologiques, des défis pratiques et du coût humain dévastateur de la vision nazi-fasciste pour l’Europe.