Emma Woodhouse, dotée d'une grande beauté, d'une intelligence remarquable et d'une fortune considérable, régnait sur la confortable demeure paternelle de Highbury, insensible à la moindre tristesse. Son plus récent triomphe, à ses yeux, était le mariage réussi de sa chère gouvernante, Mlle Taylor, avec M. Weston – une union qu'elle attribuait fièrement à ses subtiles manœuvres. Ce succès illusoire ne fit cependant qu'accroître sa confiance déjà démesurée en ses talents d'entremetteuse, malgré les observations discrètes et perspicaces de M. George Knightley, son ami sage et souvent critique, l'un des rares à percevoir la véritable nature de sa femme.
Animée par ce zèle nouveau, Emma posa son regard bienveillant sur Harriet Smith, une jeune femme douce et influençable, d'origine inconnue, qu'elle avait prise sous son aile. Convaincue qu'Harriet méritait un rang social plus élevé que ne le laissait supposer son origine, Emma s'empressa de la dissuader de s'attacher à Robert Martin, un respectable fermier qui l'adorait sincèrement et lui avait demandé sa main. Emma, attachée à ses propres conceptions élevées de la bienséance et du statut social, le jugeait indigne de sa protégée. Elle jeta alors son dévolu sur le vicaire du village, M. Elton, comme partenaire idéal pour Harriet, ourdissant des stratagèmes complexes pour les réunir, totalement aveugle aux véritables sentiments de M. Elton.
Ce plan élaboré s'effondra brutalement lors d'un voyage en calèche sous la neige, lorsque M. Elton, loin de déclarer son amour à Harriet, confessa avec passion son admiration pour Emma elle-même. Profondément mortifiée, Emma vit ses espoirs s'écrouler. Le mariage précipité de M. Elton avec l'insupportablement pompeuse Mme Elton, une femme qu'Emma prit immédiatement en grippe, lui servit de leçon amère quant aux dangers de sa propre vanité et de ses erreurs de jugement. Bien qu'Harriet ait eu le cœur brisé, la détermination d'Emma à s'immiscer dans les affaires des autres, malgré sa correction, ne s'éteignit pas complètement.
Le paysage social de Highbury se transforma bientôt avec l'arrivée de deux personnages captivants : Frank Churchill, le fils charmant et vif de M. Weston, et l'élégante, accomplie, mais quelque peu réservée Jane Fairfax. Les attentions enjouées de Frank envers Emma, et la passagère attirance qu'elle éprouva pour lui, donnèrent lieu à un flirt superficiel qui amusa tout le village. Pendant ce temps, Emma se montrait inexplicablement froide envers Jane, dont la grâce discrète et les talents musicaux suscitaient une admiration générale, notamment de la part de M. Knightley. Emma, toujours encline à l'imagination, commença à soupçonner une liaison secrète entre Jane et M. Dixon, le mari de la meilleure amie de Jane.
Alors que l'été était ponctué de pique-niques et de bals, Emma continuait de se tromper. Elle encourageait les sentiments d'Harriet, d'abord pour Frank Churchill, puis, dans un éclair de lucidité, elle découvrit qu'Harriet avait reporté ses espoirs sur nul autre que M. Knightley. Cette révélation la plongea dans une détresse soudaine et lancinante, mettant à nu une vérité qu'elle avait inconsciemment refoulée. L'idée d'Harriet devenue Mme Knightley la remplissait d'une angoisse insoutenable, et dans cet instant douloureux, la profondeur indéniable de son propre amour pour M. Knightley jaillit au grand jour.
Au même moment, l'écheveau complexe qui entourait Frank Churchill et Jane Fairfax se démêlait enfin : ils étaient secrètement fiancés depuis des mois. Le comportement enjôleur de Frank envers Emma n'était qu'une ruse délibérée pour dissimuler ses véritables sentiments, une tromperie qui, bien que troublante au départ, apporta finalement à Emma un profond soulagement plutôt qu'un chagrin immense. Cette double révélation – les sentiments mal placés d'Harriet et les fiançailles secrètes – plongea Emma dans une profonde introspection. Elle prit conscience de l'ampleur de ses erreurs, de son orgueil et de son ingérence souvent inconsidérée dans la vie de son entourage.
C'est M. Knightley, toujours la voix de la raison et de la compréhension, qui finit par apaiser le cœur tumultueux d'Emma. S'attendant à ce qu'il déclare son amour pour Harriet, Emma se prépara à un coup dur. Au lieu de cela, dans un moment de tendresse et de vulnérabilité, M. Knightley lui confia son amour indéfectible. Sa joie fut immense, un profond sentiment de plénitude l'envahit. Harriet, quant à elle, trouva le vrai bonheur auprès de son premier admirateur, Robert Martin, dont l'affection sincère n'avait jamais faibli. L'histoire s'achevait sur les unions joyeuses d'Harriet et de M. Martin, de Jane Fairfax et de Frank Churchill, et surtout d'Emma Woodhouse et de M. George Knightley, un mariage fondé sur une profonde compréhension, un respect mutuel et un amour qui avait discrètement éclos au milieu des nombreuses mésaventures d'Emma.