Le parcours complexe des composés inorganiques du chrome(III) dans l'environnement et leur interaction avec les systèmes vivants révèlent un profil complexe, distinct de celui des autres états d'oxydation du chrome. Ces substances omniprésentes se trouvent naturellement dans les roches et les sols, formant un cycle complet à travers les plantes, les animaux et les humains avant de retourner à la terre. Outre leur présence naturelle, les activités humaines contribuent à leur présence atmosphérique, notamment par les processus de combustion, où le chrome se présente principalement sous forme de fines particules. Dans le sol, le chrome(III) existe majoritairement sous forme d'oxydes insolubles, présentant une mobilité limitée en raison de sa forte et rapide adsorption aux surfaces du sol, comme les oxydes de fer et de manganèse.
Pour la population générale, l'exposition se fait principalement par l'alimentation quotidienne, mais d'autres sources incluent les compléments alimentaires contenant du chrome, l'air ambiant, les produits en cuir tanné au chrome, les cosmétiques contenant des pigments de chrome et les objets en acier inoxydable. Dans le corps humain, l'absorption du chrome est fortement influencée par son état d'oxydation. Alors que le chrome(VI) pénètre facilement les membranes cellulaires, le chrome(III) ne le fait pas, ce qui entraîne des profils de distribution différents après absorption. Après une exposition orale, en particulier aux composés de chrome(III), une grande partie du chrome est retrouvée dans les selles en raison de sa faible absorption, les études animales indiquant que l'urine est la principale voie d'élimination du chrome absorbé.
Une fois absorbé, le chrome(VI) est rapidement réduit en chrome(III) à l'intérieur des cellules, puis se lie aux macromolécules. Les études animales montrent une accumulation principalement dans le foie, les reins, la rate et la moelle osseuse, la distribution variant selon l'espèce. Chez l'homme, les concentrations les plus élevées sont observées dans les ganglions lymphatiques hilaires et les poumons, suivies par la rate, le foie et les reins, les concentrations tissulaires tendant à diminuer avec l'âge.
L'évaluation des effets sur la santé établit une distinction claire entre le chrome(III) et le chrome(VI). Contrairement au chrome VI, classé comme cancérogène pour l'homme, le chrome métallique et le chrome III ne sont pas classables quant à leur cancérogénicité. Cette distinction est essentielle pour comprendre les risques potentiels liés aux différents composés du chrome.
En cas d'exposition humaine à l'oxyde de chrome III insoluble, la principale préoccupation concerne l'irritation et l'inflammation locales persistantes dues à l'accumulation de particules inhalées dans les poumons lorsque les mécanismes d'élimination sont saturés. Avec les sels de chrome III solubles, comme le sulfate de chrome basique, les principaux effets préoccupants sont la toxicité respiratoire locale et la sensibilisation cutanée. Bien que des concentrations tolérables pour ces effets aient été établies, elles dépassent généralement les concentrations ambiantes typiques de chrome III, même à proximité des sources ponctuelles.
Concernant la sensibilisation cutanée, les sels de chrome III solubles sont peu susceptibles d'induire une sensibilisation chez les personnes non sensibilisées, même par le biais de produits comme le cuir tanné au chrome. Cependant, chez les personnes déjà sensibilisées, une allergie au chrome peut être déclenchée par de faibles quantités de chrome provenant de produits en cuir. Les cas de sensibilisation cutanée chez les travailleurs manipulant des composés de chrome(III) sont rares, et il n'existe actuellement aucune preuve formelle suggérant que l'exposition à ces composés induise un asthme professionnel.
On sait également que le chrome(III) joue un rôle essentiel pour certains micro-organismes, intervenant dans des processus métaboliques spécifiques tels que le métabolisme du glucose et l'activation enzymatique. Ceci souligne la double nature du chrome(III) : à la fois présent dans l'environnement et élément vital pour certaines fonctions biologiques, il est indispensable de bien comprendre ces composés afin de gérer leur présence dans l'environnement et de protéger la santé humaine.