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Aller à Ma biblioLa bête et sa cage
- Langue
- Français
- Publié en
- Maison d'édition
- Stanké
- Pages
- 243
- ISBN
- 9782760411869
À travers une voix à la fois choquante, tragique et pleine d'humour noir, l'histoire plonge dans les profondeurs du système carcéral et dans l'esprit de son inoubliable anti-héros. Il s'agit d'une exploration brute et inébranlable de la frontière entre victime et agresseur, entre santé mentale et folie. Le roman aborde la question de savoir si les monstres sont nés ou créés par une société qui les rejette, laissant le lecteur s'interroger sur l'humanité qui peut exister même chez les animaux les plus violents.
Thèmes
Ma vie derrière les barreaux a commencé avec une philosophie simple et passive : en matière de sodomie, j'attends que ça passe. Le colosse qui m'a pris pour son chouchou était surnommé Papillon, non pas pour sa douceur, mais à cause du couteau papillon avec lequel il a crevé l'œil de sa copine. Il était lieutenant de Bizoune, le grand patron, alors être sa propriété me garantissait une certaine protection. Tous les autres devaient se tenir à distance. C'était une existence humiliante, mais supportable. J'aspirais à nouer des relations professionnelles, pas sexuelles. Je savais que j'étais un génie du crime, peut-être même un génie tout court. Ça se sent. Et je le sentais intensément. Un jour, j'afficherais mes succès et mes tatouages au grand jour.
L'aile de la prison était un véritable repaire de marginaux, une unité de protection pour détenus souffrant de troubles mentaux. C'était une injustice de m'enfermer avec des cinglés au lieu de me laisser me faire des contacts dans les autres quartiers. Nous étions divisés en deux clans. D'un côté, Bizoune le Tout-Puissant, un stratège calculateur au regard de léopard, contrôlait le trafic de drogue et de téléphones portables. Sous ses ordres se trouvaient son bras droit, Denis, et mon amant, Papillon, le gros bras. De l'autre côté, les Noirs : Molosse, qui avait fait ses armes en arbitrant des combats de chiens, et ses hommes de main. Ils géraient le proxénétisme et les contrats de passages à tabac et de meurtres. Je rêvais de rapper en créole avec eux, mais on m'a ordonné de rester entre moi. Du Wu-Tang au Ku Klux Klan, c'est du pareil au même : le besoin d'appartenir à un clan.
Ma première occasion de faire mes preuves m'est venue d'en haut. Bizoune avait besoin d'augmenter ses stocks de pilules, et j'étais chargé d'obtenir une ordonnance. J'ai joué la comédie devant ma gardienne, Edith, en énumérant les symptômes de la dépression que j'avais appris par cœur dans un livre de la bibliothèque de la prison. Elle était jeune, sincère et croyait en la réinsertion. J'ai vu autre chose en elle : un avenir. Une idylle carcérale. C'était une affection tordue, mais en pensant à elle, l'idée de l'amour s'est tissée comme un cocon entre mes tripes et mon cœur. La simple pensée d'elle m'a même fait pleurer lors de mon examen médical, convainquant le médecin de me prescrire un cocktail de médicaments puissants. J'avais réussi. J'étais utile.
Mon ambition, cependant, m'a placé dans une situation délicate. Pour rehausser mon statut, j'ai demandé à mon compagnon de cellule, Philippe le Philippin, de me tatouer un immense motif de samouraï dans le dos. C'était un investissement pour ma réputation, mais il impliquait une dette de cinq cents dollars envers Molosse. La menace planait sur moi, la promesse d'une raclée mémorable si je ne payais pas dans la semaine. Alors que la pression montait, mon heure est arrivée. Bizoune m'a convoqué dans sa cellule. Il m'a dit que j'avais du cran. Il m'a dit qu'il avait un contrat délicat à me confier, un contrat que seul moi pouvais mener à bien. Il voulait que je tue Papillon.
Le plan était un chef-d'œuvre de politique carcérale. Un couteau à beurre volé, aiguisé en une lame mortelle, m'a été remis lors d'une diversion. Mais lorsque le moment est venu, sous la douche, j'ai improvisé. Papillon était penché au-dessus d'un lavabo, sur le point de sniffer une ligne de Seroquel écrasé dans un stylo évidé. Je me suis jeté sur lui, non pas avec le couteau, mais avec mes poings, enfonçant le tube en plastique dans sa cavité nasale et profondément dans son cerveau. Il n'est pas mort sur le coup, mais il est tombé dans le coma, l'esprit brisé. J'ai lancé le couteau à l'autre détenu présent, Timoune, le piégeant parfaitement. Le plan a fonctionné. J'ai été promu. Je mangeais désormais à la table de Bizoune.
Cependant, mon nouveau statut n'était qu'une étape vers un plan bien plus ambitieux. Bizoune a révélé son véritable plan : une évasion en hélicoptère, comme dans les films. Mon rôle était crucial. Je devais prendre Edith en otage, créant une diversion qui lui permettrait d'atteindre la cour intérieure pour son exfiltration. J'étais tiraillé entre mon ambition et l'amour tordu que je lui portais. Mais j'entrevoyais la possibilité de concilier les deux. Je suivrais son plan, mais au dernier moment, je m'échapperais moi aussi, emmenant Edith avec moi. Nous commencerions une nouvelle vie ensemble, financée par la mafia. C'était un plan parfait, fruit d'un esprit de génie.
Le jour J arriva. Tandis qu'Edith ouvrait la porte du bureau, je me suis jeté à l'intérieur, la faisant entrer de force et nous barricadant. L'alarme hurla. La voix du négociateur résonna dans un mégaphone. Mais à l'intérieur, il n'y avait que nous. Je lui ai révélé mon plan, que j'étais là pour elle, pour nous. Elle tremblait, les yeux grands ouverts, submergée par ce que j'ai interprété comme une passion dévorante. Dans ce moment chaotique et désespéré, nos corps ne firent plus qu'un. Ce fut violent et brutal, l'aboutissement de mois de désir contenu, que je considérais comme l'acte d'amour ultime. Tandis que l'escouade d'intervention enfonçait la porte, je la serrais dans mes bras, murmurant : « Je t'aime. »
Ils m'ont ramené de force au trou, mais cette fois, tout était différent. La famille de Papillon avait décidé de le débrancher ; il était mort. Et Bizoune, le grand stratège, m'avait trahi. Pour se sauver, il avait tout nié, prétendant que j'avais agi seul, comme un fou furieux. La mafia a mis ma tête à prix. Edith a obtenu une ordonnance restrictive contre moi, et mon avocat se prépare à plaider que je souffre d'érotomanie et que je devrais être interné en hôpital psychiatrique. Ils pensent m'avoir piégé pour de bon. Mais je m'échapperai. J'ai une mère et une femme à retrouver. Je m'enfuirai et je mènerai à bien ma vengeance. Si vous pensiez que j'étais dangereux jusqu'à présent, vous n'avez encore rien vu.
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Rating Sources
Le deuxième volume de l'ouvrage est largement salué par les critiques, qui le trouvent pour la plupart encore plus captivant et réussi que le précédent. L'un des points forts régulièrement mis en avant est le style d'écriture unique et puissant de l'auteur, loué pour ses jeux de mots magistraux, son langage expressif et son utilisation judicieuse de la narration à la première personne, qui plonge le lecteur dans les distorsions cognitives et l'univers intérieur singuliers du protagoniste. Les critiques saluent souvent l'humour noir, cru et souvent surréaliste du livre, qui suscite de fréquents éclats de rire malgré le sujet difficile. Le personnage principal, bien que profondément imparfait, délirant et détaché de la réalité, est paradoxalement considéré par beaucoup comme fascinant, attachant et même sympathique. En outre, le récit est apprécié pour son commentaire social incisif et sa capacité à critiquer les problèmes sociétaux à travers le prisme de son protagoniste non conventionnel. Le cadre carcéral, qui a initialement suscité des inquiétudes chez certains, s'avère finalement être une toile de fond captivante et réaliste pour les événements qui se déroulent.
Malgré l'accueil largement favorable, certains critiques ont relevé plusieurs aspects problématiques. Le livre contient des avertissements explicites concernant la violence envers les animaux et la violence en général, certains lecteurs trouvant certaines scènes ou le contenu global perturbant, choquant ou « dur pour l'âme ». Quelques critiques ont estimé que le style narratif devenait parfois répétitif ou que l'élément de surprise présent dans le premier livre était quelque peu atténué. Si beaucoup ont apprécié le rythme, d'autres l'ont trouvé lent, ce qui a conduit certains à manquer de motivation pour terminer le livre. Au moins un critique a trouvé que le choix stylistique spécifique consistant à représenter le trouble de la parole du narrateur en modifiant l'orthographe était maladroit, illisible et agaçant. De plus, si le cadre carcéral a été apprécié par beaucoup, une minorité de lecteurs a exprimé une préférence pour le contexte du premier livre ou a trouvé l'environnement carcéral moins captivant.
Dans l'ensemble, le livre est considéré comme une suite brillante et souvent captivante, à la fois divertissante et troublante. Il est vivement recommandé aux lecteurs qui apprécient un style d'écriture puissant, original et souvent poétique, en particulier ceux qui aiment se plonger dans l'esprit d'un protagoniste complexe, peu fiable et doté d'un humour noir, aussi imparfait soit-il. Ce livre plaira à ceux qui recherchent des récits offrant une critique sociale acerbe et qui sont prêts à aborder des thèmes explicites tels que la violence et les troubles psychologiques. Les lecteurs qui ont apprécié le premier tome de la série et qui sont prêts à vivre une expérience stimulante, souvent hilarante et qui incite à la réflexion, trouveront probablement ce volume enrichissant.
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