Le rideau du XVIIIe siècle s’est levé sur une Barcelone où les germes du spectacle lyrique commençaient à peine à s’enraciner, au milieu d’un paysage théâtral vibrant déjà riche en formes traditionnelles espagnoles. C’était une époque de transition, où la grandeur des célébrations de cour et l’appétit grandissant du public pour le théâtre musical s’entremêlaient pour forger une nouvelle identité artistique pour la ville. L’arrivée d’influences étrangères, en particulier d’Italie, s’avéra être une force déterminante, façonnant l’essence même de ce que l’opéra allait devenir dans ce port méditerranéen.
Un moment marquant arriva le 1er août 1708, après une célébration de mariage royal. Dans les grandes salles de la Lonja del Mar, un opéra italien, spécialement commandé pour l’occasion et intitulé « Il più bel nome nei festeggiarsi il Nome Felicissimo di Sua Maestà Cattolica Elisabetta Cristina Regina delle Spagne », se déroula devant un public captivé. Bien que non joué dans un théâtre dédié, cet événement marqua une introduction significative, sinon la première, de l’opéra italien à part entière à Barcelone, établissant un précédent pour le mécénat aristocratique qui allait alimenter sa croissance initiale.
Au fil du siècle, le Teatre de la Santa Creu, institution vénérable déjà établie depuis la seconde moitié du XVIe siècle, s’imposa comme un lieu crucial pour la présentation publique de l’opéra. Bien qu’il ait d’abord été un espace dédié au théâtre parlé et à d’autres formes musicales comme la zarzuela, il a progressivement adopté la tradition lyrique italienne. En 1730, on pense qu’elle avait monté l’opéra italien « La folla real », marquant potentiellement la première apparition de l’opéra dans un théâtre public à Barcelone. Ce passage du spectacle courtois à la performance publique a été vital pour l’acceptation et l’intégration plus larges du genre dans le tissu culturel de la ville.
Le milieu du XVIIIe siècle a connu une consolidation significative. En 1750, le Teatre de la Santa Creu comptait une compagnie d’opéra italienne stable, témoignant d’un engagement soutenu envers le genre. Cette présence constante a permis à Barcelone de rester connectée aux innovations opératiques qui déferlaient à travers l’Europe. La vie musicale de la ville était suffisamment dynamique pour que les grandes œuvres européennes arrivent avec une vitesse remarquable ; par exemple, « Così fan tutte » de Mozart, créé à Vienne en 1790, atteignit le Teatre de la Santa Creu huit ans plus tard.
Pourtant, l’opéra italien n’existait pas dans le vide. Il partageait la scène avec des traditions profondément enracinées du théâtre musical espagnol telles que la zarzuela, la tonadilla escénica et le saineté. Ces formes, caractérisées par un mélange de dialogues chantés et parlés, présentaient un défi unique et un contexte riche pour le développement de l’opéra. Bien que les opéras entièrement chantés en espagnol fussent moins courants à cette époque, l’influence de la *comedia* espagnole classique, avec ses récits tragicomiques et ses chansons intégrées, resta forte, façonnant les attentes du public et les conventions théâtrales.
À la fin du XVIIIe siècle, Barcelone s’était solidement imposée comme un centre opératique important. L’enthousiasme aristocratique initial s’était transformé en une appréciation publique, nourrie par des compagnies dévouées et une infrastructure théâtrale réactive. L’adoption de l’opéra italien par la ville, ainsi que son héritage musical espagnol durable, créa un environnement culturel dynamique où l’opéra n’était pas seulement un spectacle importé, mais un fil profondément tissé dans la riche tapisserie de la vie artistique barcelonaise, prête à une notoriété encore plus grande dans les siècles à venir.