Dans un monde où le tissu même de la vie est devenu une marchandise, où l’ambition scientifique dépasse la considération éthique, les frontières de ce que signifie être humain sont violemment floues. Ici, le bourdonnement des séquenceurs génétiques et le murmure des accords d’entreprise créent un courant implacable, entraînant des vies sans méfiance. C’est une époque où les propres cellules d’un homme, autrefois partie de lui, peuvent être déclarées propriété corporative, déclenchant une fuite désespérée de liberté.
Telle est la situation de Frank Burnet, un homme qui a survécu à la leucémie pour découvrir que ses cellules uniques résistantes au cancer étaient brevetées et exploitées par BioGen, une entreprise biotechnologique en plein essor. L’université, ayant vendu les droits sur son essence même, affirme que ses cellules n’étaient que des déchets, conférant ainsi à BioGen la domination. Lorsque la lignée cellulaire stockée de BioGen est compromise, leurs avocats déclarent un droit dissuasif : extraire des cellules de remplacement de Frank, ou de l’un de ses descendants, par la force si nécessaire. Cette faille juridique transforme Frank et sa famille en proies traquées, leurs corps devenant soudainement les biens les plus précieux.
Pendant ce temps, une autre vie, née d’expérimentations audacieuses, lutte pour survivre. Henry Kendall, un chercheur brillant mais imprudent, a introduit il y a des années des gènes humains dans un embryon de chimpanzé au NIH. L’impossible s’est produit : un chimpanzé transgénique, Dave, est apparu - une créature avec l’esprit et la voix d’un enfant humain, mais piégée sous forme de primate. L’existence de Dave est une anomalie, un secret que le NIH est déterminé à enterrer, dans l’intention de le détruire. Henry, consumé par un instinct paternel pour l’enfant qu’il a involontairement créé, sauve Dave et l’emmène dans la maison familiale, où son fils Jamie embrasse ce nouveau frère extraordinaire.
La traque de la famille de Frank Burnet s’intensifie lorsque BioGen engage le chasseur de primes impitoyable Vasco Borden. Sa cible : la fille de Frank, Alex, avocate, et son jeune fils, Jamie, qui portent les mêmes marqueurs génétiques inestimables. Alex se retrouve plongée dans une odyssée terrifiante, regardant constamment par-dessus son épaule, protégeant son enfant de ceux qui voudraient réclamer son héritage biologique. La poursuite est implacable, illustrant frappant un avenir où la composition génétique dicte son destin, et la loi offre peu de protection contre la cupidité des puissantes entreprises.
Au fil de ces récits désespérés, le monde regorge d’autres fruits étranges de l’ingérence génétique. Un orang-outan grossier de Sumatra se fait connaître pour ses obscénités néerlandaises et françaises, tandis qu’un perroquet incroyablement intelligent nommé Gerard, capable de mathématiques avancées, se retrouve embourbé dans ses propres aventures bizarres. Ces vignettes rappellent brutalement la nature omniprésente, souvent incontrôlée, de la recherche génétique, où les créatures sont modifiées, la conscience élargie, et la frontière entre espèces s’estompe, avec une facilité alarmante.
En coulisses, les manigances de grands acteurs comme le capital-risqueur Jack Watson tirent les ficelles. Watson, un maître manipulateur, orchestre un plan pour saboter les recherches de BioGen, faire baisser ses actions, puis les acquérir, tout en exploitant les ambiguïtés juridiques pour revendiquer la propriété des gènes humains. Son neveu, Brad Gordon, chef de la sécurité chez BioGen, devient un pion dans ces stratagèmes, finissant par être piégé pour un crime odieux, ses avocats tentant d’attribuer ses actes à un « gène de l’imprudence ».
Les fils séparés de ces vies - la famille fugitive, le garçon chimpanzé caché, les animaux génétiquement modifiés et les conspirateurs corporatifs - commencent à s’entremêler, menant à une convergence chaotique. Un tribunal se dispute la question fondamentale de savoir qui possède les cellules d’une personne, tandis que Henry et Dave se retrouvent entraînés dans l’orbite périlleuse du vol d’Alex et Jamie. Le climax voit des poursuites frénétiques, des échappées de justesse, et une lutte finale désespérée pour l’autonomie contre un système qui cherche à marchandiser la vie elle-même. Finalement, un juge rend une décision cruciale, déclarant que personne ne peut posséder les cellules d’autrui, mais le chemin vers cette vérité laisse une marque indélébile, forçant tous à affronter les implications profondes et souvent terrifiantes des ambitions génétiques incontrôlées de l’humanité.