Hanna, à quatre-vingt-un ans, vit un crépuscule tranquille, après avoir déjà couché son mari et l'une de ses filles. Pourtant, sous la surface de sa routine quotidienne - déambuler dans les magasins d'antiquités, raconter des histoires avec ses deux petits-enfants et apprécier la présence de son unique fille survivante - se cache un passé qui refuse de rester enfoui. C'est un passé lointain, longtemps enterrée auprès de ses proches, mais elle revient sans enchère, un membre fantôme plein de vieux souvenirs.
Puis, une lettre arrive, déchirant la paix soigneusement construite dans ses dernières années. Cette seule feuille de papier, qui fait écho à une époque oubliée, bouleverse sa tranquillité et fait passer des secrets de longue date à la lumière crue du présent. Le récit plonge ensuite dans ce passé lointain, un monde marqué par la guerre et tissé d'amours non partagées et d'espoirs désespérés.
Nous voyons Hanna en tant que jeune fille, les oreilles perchées, captant des bribes de conversation entre son père et ses amis, absorbant les murmures d'un monde au bord du gouffre. Plus tard, elle apparaît comme une jeune femme déterminée, l'esprit illuminé par un rêve. Défiant le manque de soutien de sa mère et l'ombre de son père décédé depuis longtemps, Hanna part pour Iaşi, animée par l'ambition d'étudier la littérature et de devenir enseignante.
À Iași, le destin lui offre une opportunité : elle doit donner des cours particuliers à Ilinka, une jeune fille de 17 ans devenue orpheline trop tôt, et enseigner également à une classe d'orphelins, dont beaucoup ont presque son âge. Parmi ces jeunes âmes souvent endurcies, se trouve Lorian, un garçon dont l'esprit rebelle témoigne d'une profonde lassitude face aux cruautés du système et aux horreurs interminables de son époque.
Nous sommes en 1942, une époque marquée par la peur et la brutalité. C'est l'année où les familles juives sont chassées de leurs maisons et où leur vie est anéantie avec une efficacité impitoyable. Hanna vit dans la peur, craignant de partager leur destin tragique. Cette période est hantée par la tragédie réelle du Struma, un navire parti de Constanța avec à son bord près de huit cents Juifs roumains, rêvant tous d'une vie plus sûre en Palestine. Mais le navire, en proie à des tensions politiques, a été retenu pendant dix semaines angoissantes à Istanbul avant d'être remorqué en mer et torpillé, ne laissant qu'un seul survivant.
Bien que l'histoire ne concerne pas uniquement le Struma, son ombre est omniprésente, un rappel brutal de la cruauté aveugle qui a marqué ces années. Le parcours personnel d'Hanna, ses luttes et ses amours sont inextricablement liés à cette toile historique plus vaste. Le roman explore l'histoire intime d'Hanna et Lorian, deux âmes battues par les circonstances, par le destin et par l'incapacité de suivre leur cœur dans un monde en proie à l'injustice.
À travers les souvenirs fragmentés d'Hanna et le drame de sa jeunesse, le récit explore la danse complexe entre le passé et le présent, le pouvoir durable des souvenirs et la nature fragile de l'espoir. C'est une histoire empreinte d'une émotion intense, où l'amour agit à la fois comme un lien fragile et comme une force indéniable, offrant la force de résister, quels que soient les obstacles. Les échos d'un amour non partagé et les secrets profondément ancrés d'une époque mouvementée laissent au lecteur mille impressions partagées, chacune étant un fragment d'âme reconstitué après avoir été témoin d'une douleur aussi profonde.