Le doux débit des rivières Una et Sana berçait autrefois Bosanski Novi, une ville où la vie se déroulait à un rythme tranquille. Puis, entre 1992 et 1995, l'ombre est tombée, non pas d'une guerre conventionnelle au cours de laquelle des soldats s'affrontaient dans un combat honorable, mais d'une campagne brutale menée par l'armée serbe contre une population civile désarmée. Il ne s'agissait pas d'un affrontement entre égaux, mais d'une attaque incessante contre les personnes âgées, les femmes et les enfants sans défense, qui n'avaient aucun moyen de résister à un traitement aussi inhumain de la part des autorités militaires et civiles.
Les souvenirs de ces années sont profondément gravés, ce qui témoigne des horreurs qui se sont déroulées. J'en ai été témoin moi-même et, pour ce que je n'ai pas vu, j'ai recueilli les témoignages de ma famille et de personnes dignes de confiance. C'est un fardeau d'entendre la question : « Qu'est-ce qu'ils nous ont fait ? » car je sais exactement qui m'a infligé une telle douleur, à moi et à mes proches. Ce record existe pour garantir que la vérité de cette époque, les souffrances et l'incertitude auxquelles étaient confrontés les habitants non serbes, ne soient jamais oubliées.
Dans cette petite ville, plus de 500 civils ont péri, leur vie s'est éteinte de la manière la plus sauvage qui soit. Certaines ont été massacrées, d'autres violées avant d'être assassinées, et certaines ont même été ligotées vives puis incendiées. Il ne s'agissait pas de victimes sans visage ; chaque personne avait un nom, une vie et une histoire brutalement écourtée. Leur réalité était loin d'être une fiction, et leurs noms méritent d'être rappelés, car ils constituent un contrepoint flagrant à l'idée qu'ils n'étaient que des « autres ».
Après avoir survécu à la terreur de Bosanski Novi, de nombreuses personnes, y compris moi-même, ont découvert le paysage incertain de la vie des réfugiés. Nous avons cherché refuge en Allemagne, où nous nous sommes efforcés de nous forger un semblant d'existence malgré le traumatisme persistant. La résilience de l'esprit humain nous oblige toutefois à agir, à contribuer, à survivre. Nos journées là-bas ont été consacrées à la lutte pour nous adapter, garder espoir et reconstruire des vies brisées, alors même que les échos de ce que nous avions laissé hantaient nos heures de veille.
Finalement, le chemin s'est tourné vers le retour à la maison, un retour à une vie qui, nous l'espérions, redeviendrait normale. C'était un retour à un endroit où chacun pouvait, avec des efforts et des compétences, façonner son propre avenir. Ce récit est proposé dans un but unique : révéler la vérité absolue sur la guerre à Bosanski Novi de 1992 à 1995. C'est également un appel à ceux qui ont de sombres intentions, un rappel solennel que la justice, même si elle avance lentement, finira par trouver son chemin.