Les cloîtres tranquilles de l'abbaye de Montserrat ont nourri l'esprit d'une vie pleine d'érudition et de principes inébranlables, un esprit qui a dévoilé son vaste paysage au cours de neuf conversations intimes. On est entré ici dans le courant de l'être de Josep Massot i Muntaner, en traçant les contours d'un parcours qui a débuté loin de la vie monastique, dans les milieux intellectuels dynamiques de Barcelone. Il s'était déjà imaginé comme un médiéviste, attiré par les tapisseries complexes du passé sous la direction de sommités telles que Martí de Riquer et Joan Petit, et avait même envisagé un poste de professeur à l'étranger. Pourtant, une autre voie l'attendait, tracée lors de visites inattendues à Montserrat, où l'accueil chaleureux de la communauté l'a progressivement orienté vers une vie de profond dévouement au sein de ses anciens murs.
Son existence monastique n'était pas ordinaire, ce qu'il reconnaissait volontiers, faisant écho au sentiment de son ami, le père Batllori, qui se considérait également comme un jésuite atypique. En effet, sa vie est devenue le témoignage d'un mélange unique d'engagement spirituel et de quête intellectuelle implacable. Les échos de personnages influents tels que Jaume Vicens Vives, dont il a dévoré les œuvres dans sa jeunesse, et les rencontres personnelles avec Pierre Vilar, avec qui il a eu de longues discussions enrichissantes au milieu de la bibliothèque labyrinthique du monastère, ont façonné son objectif historique. Il a évoqué le vif intérêt de Vilar pour la guerre civile espagnole et la façon dont une passion commune pour l'histoire a forgé un lien entre les livres sur Majorque, lus et commentés avec une rapidité surprenante.
Les conversations ont souvent porté sur son lien profond avec la culture et la langue catalanes, un engagement qui a marqué une grande partie de sa vie universitaire et personnelle. Depuis ses premières études de français à Palma et à l'université, jusqu'à ses œuvres ultérieures, il a défendu la riche tapisserie du patrimoine catalan. Il a raconté comment la période tumultueuse de la guerre civile espagnole a suscité un profond engagement, nourri par des œuvres fondamentales qui ont mis en lumière les complexités du conflit. Ses réflexions sur l'impact dévastateur de la guerre sur Majorque, la répression brutale et le destin tragique de certaines personnes ont offert une réflexion saisissante et poignante sur un sombre chapitre de l'histoire.
Montserrat elle-même est devenue le creuset de ses convictions, un phare de l'identité catalane et un sanctuaire contre l'omniprésence du national-catholicisme du régime franquiste. Il a rappelé l'atmosphère chargée qui régnait dans la « tancada d'intel·lectuals » de 1970, un acte crucial de résistance contre la dictature, dans lequel il avait été profondément impliqué. Ces discussions ont révélé non seulement son antifascisme farouche, mais également le rôle crucial, souvent solitaire, joué par l'Église en Catalogne en l'absence de libertés démocratiques. Son travail en tant que rédacteur en chef des publications de l'abbaye de Montserrat est devenu un autre moyen puissant de préservation de la culture et de diffusion intellectuelle, rôle qu'il a assumé avec vigueur.
Au-delà des grands récits historiques, les conversations ont révélé une profonde appréciation de la littérature populaire catalane et la recherche méticuleuse de son essence. Il a évoqué le travail minutieux que représente la collecte de chansons traditionnelles, souvent chantées par des femmes, et la fragilité dans laquelle ces trésors culturels ont été découverts. Ce dévouement à la découverte et à la préservation des voix vernaculaires de la Catalogne a souligné sa conviction du pouvoir durable de la culture pour définir et soutenir un peuple. Comme le révèlent ces échanges, sa vie a été un acte continu de saviesa i compromís, de sagesse et d'engagement, une quête incessante de connaissances mêlée à une défense inébranlable de son identité culturelle et nationale.