Dans les pages vélines du Llyvyr Agkyr Llandewivrevi, « Le Livre de l’Anachorète de Llanddewi Brefi », se déploie une remarquable collection de traités médiévaux gallois, minutieusement transcrits en 1346 par un anachorète à la demande de Gruffud ap Llywelyn ap Phylip ap Trahaearn. Ce manuscrit, aujourd’hui connu sous le nom de Jesus College MS. 119, offre un lien direct vers les courants spirituels et intellectuels qui ont façonné le Pays de Galles du XIVe siècle. Au cœur de cette histoire se trouve la version galloise de « The Elucidarium », un summa théologique latin profond et largement influent rédigé par Honorius Augustodunensis à la fin du XIe siècle, conçu comme un guide complet pour le clergé moins instruit.
L’Elucidarium lui-même est structuré comme une série de dialogues intimes entre un Maître et son Disciple, un format qui invite le lecteur à un voyage d’enquête théologique. Le premier livre, « De divinis rebus », explore l’essence même du divin, explorant la nature de Dieu, le processus complexe de la création, la chute tragique des anges et de l’humanité, ainsi que la vie terrestre rédemptrice du Christ. Ici, les questions sincères du Disciple rencontrent les réponses éclairantes du Maître, traçant les principes fondamentaux de la foi chrétienne, des origines cosmiques à l’intervention divine dans l’histoire humaine.
S’enfonçant plus profondément dans les mystères de la foi, le second livre, « De regis ecclesiastics », porte son regard sur la nature divine du Christ et l’établissement de l’Église à la Pentecôte. Elle articule l’Église comme le corps mystique du Christ, manifesté par le rituel sacré de l’Eucharistie. Cette section aborde également les origines déroutantes du mal et du péché, posant le mal non pas comme une substance mais comme une absence de bien, tout comme l’obscurité est l’absence de lumière. Les discussions s’étendent au rôle des anges gardiens, exhortant constamment les esprits vers la justice et rapportant leurs actes aux cieux, ainsi que la possibilité du pardon par la véritable pénitence.
Le voyage culmine dans le troisième livre, « De futura vita », qui aborde le sujet profond de l’eschatologie chrétienne. Ici, le Maître guide le disciple à travers des descriptions vivantes de la venue de l’Antéchrist, le spectacle impressionnant de la Seconde Venue du Christ, et le jugement ultime du Jugement dernier. Le discours descend ensuite dans les douleurs éprouvantes de l’Enfer, traverse les feux purificateurs du Purgatoire, et finit par s’élever vers les joies sans limites du Paradis, peignant un panorama détaillé de l’au-delà qui a façonné la compréhension et l’espoir médiévaux.
Au-delà du cadre théologique complet de l’Elucidarium, le Llyvyr Agkyr Llandewivrevi contient une riche tapisserie d’autres traités gallois. Celles-ci incluent des vies de saints ainsi que divers textes religieux et profanes, chacun offrant un aperçu supplémentaire des pratiques dévotionnelles, des considérations éthiques et des préoccupations quotidiennes de la société galloise médiévale. Ces pièces supplémentaires, bien que peut-être pas toujours des modèles de prose pure en raison de leur nature traduite, possèdent une immense valeur lexicographique, aidant à fixer les significations précises et les connotations des mots gallois qui pourraient autrement rester ambigus dans la poésie ancienne.
Cette collection est donc plus qu’un simple recueil d’écrits religieux ; C’est un artefact culturel essentiel. Il éclaire les nuances spécifiques de l’enseignement religieux prévalentes au Pays de Galles au XIVe siècle, reflétant le « pabulum » théologique offert à la population galloise. À travers ces pages, on acquiert une compréhension profonde de l’interaction complexe entre la tradition ecclésiastique latine et son adoption vernaculaire, offrant une vitre inestimable sur le paysage spirituel, le développement linguistique et la conscience historique du Pays de Galles médiéval.