Une entreprise monumentale s’est déroulée au début du XIXe siècle, une grande entreprise pour retrouver les échos épars de l’âme littéraire ancienne du Pays de Galles. À travers le pays, des vénérables bibliothèques monastiques aux modestes coffres des bardes, des manuscrits précieux reposaient, contenant dans leur écriture fanée l’essence même de la voix poétique d’une nation. C’était une époque où les anciennes méthodes de préservation du savoir culturel s’effritaient, et un profond désir naquit de rassembler les débris écrits du passé avant qu’ils ne soient perdus à jamais.
C’est ainsi qu’a commencé la quête ardue pour rassembler « The Myvyrian Archaiology of Wales », un vaste dépôt destiné à devenir l’une des premières collections imprimées de littérature galloise médiévale. Ce fut un acte de profond patriotisme culturel, conçu et largement financé par Owen Jones, un fourrutier londonien dont la passion pour son héritage brûlait intensément. Il fit appel à la rigueur érudite de William Owen Pughe comme éditeur, et envoya Edward Williams, connu de beaucoup sous le nom d’Iolo Morganwg, à travers le Pays de Galles pour déterrer et transcrire les textes anciens.
Le premier volume, publié en 1801, dévoilait une tapisserie tissée à partir des fils de la poésie galloise ancienne, cherchant à englober tous les vers connus composés avant l’an 1370. C’était un acte délibéré de préservation, faisant naître les voix des Cynfeirdd et des Gogynfeirdd, ces anciens bardes dont les compositions complexes avaient célébré pendant des siècles des héros, déploré des pertes et loué le divin. Ici, le lecteur trouverait la puissance brute et la beauté lyrique d’une époque lointaine, présentée uniquement en langue galloise, telle qu’elle avait été écrite par ses créateurs.
Dans ces pages résidaient les vers de figures légendaires comme Taliesin et Aneirin, dont les puissantes élégies et hymnes de bataille, tels que « Y Gododdin », parlaient de la vaillance et de la tragédie des premiers guerriers britanniques. Le lecteur découvrirait les métriques complexes et les images profondes qui caractérisaient la tradition bardique galloise, témoignage d’une culture littéraire sophistiquée qui a prospéré à travers des siècles de changements. Ce n’étaient pas de simples curiosités historiques, mais des témoignages vivants de l’esprit et de l’imagination du peuple gallois.
Cette collection, bien qu’elle soit un phare de la savant, n’était pas sans ombres. Les efforts étendus d’Iolo Morganwg, bien que cruciaux pour rassembler beaucoup de matériel authentique, se révélèrent plus tard contenir certaines interpolations et contrefaçons de sa propre création. Si ses inventions plus importantes apparurent dans des volumes ultérieurs, cette entreprise collective témoignait de l’enthousiasme ardent de l’époque romantique pour l’antiquité galloise. Pourtant, la grande majorité de « l’Archéologie » resta authentique, fournissant une base indispensable aux générations futures.
Pendant des décennies, cette œuvre monumentale a servi de texte source faisant autorité pour les chercheurs et traducteurs, ouvrant une fenêtre sur un riche passé littéraire largement inaccessible. Elle a solidifié un canon de la littérature galloise médiévale, façonnant la perception de l’identité et de l’histoire galloises, et inspirant une appréciation renouvelée de la langue et de son héritage poétique.
La publication de ce premier volume, et en effet de toute l'« Archéologie myvyrienne », a marqué un moment charnière, symbolisant la transition d’une culture manuscrite dynamique à l’ère de la recherche imprimée. Ce fut une entreprise ambitieuse et coûteuse, mais animée par un désir inébranlable de préserver l’héritage culturel du Pays de Galles, garantissant que la sagesse et l’art de ses ancêtres résonnent à travers les âges, préservées pour tous ceux qui cherchaient à écouter.