L’acte de traduction, loin d’être une simple transposition mécanique de mots d’une langue à une autre, se déroule comme un processus complexe de lecture, de compréhension et, en fin de compte, d’interprétation. C’est un voyage où un message ou un texte donné, intégré dans son contexte unique, est représenté dans une langue différente, un processus indissociable de l’acte profond de compréhension lui-même. Cette perspective constitue le socle même d’un regard herméneutique sur la traduction, forgeant un lien vital entre les domaines des études de traduction et la riche tradition de l’herméneutique.
Pour saisir véritablement cet entrelacement profond, il faut parcourir le paysage historique de la pensée, retraçant l’évolution de l’interprétation depuis ses premiers mouvements philosophiques jusqu’à ses complexités contemporaines. Des penseurs comme Schleiermacher, qui envisageaient l’herméneutique comme une méthode universelle pour comprendre tous les textes, éclairent le chemin, mettant l’accent sur la compréhension comme une répétition productive ancrée dans l’essence du texte original. Il a proposé deux approches fondamentales pour le traducteur : soit laisser la voix de l’auteur original rester largement intacte, ce qui incite le lecteur à s’engager avec l’étrangeté du texte, soit adapter le texte étranger pour qu’il s’aligne davantage avec les normes stylistiques et le contexte de la langue destinée, en privilégiant la facilité d’accès du lecteur.
Suivant cette lignée intellectuelle, des figures comme Dilthey approfondissent davantage notre compréhension, affirmant que les sciences humaines, contrairement aux sciences naturelles, aspirent non seulement à l’explication mais à une compréhension authentique. Cette distinction souligne la nature interprétative inhérente à l’engagement avec les créations humaines, y compris les textes littéraires et académiques. Le parcours se poursuit à travers les réflexions de Gadamer, qui a mis en avant le rôle de la tradition et des préjugés dans la formation de notre compréhension, et s’étend aux sémioticiens modernes comme Umberto Eco, dont le travail éclaire davantage les couches de sens intégrées dans les textes et les défis qu’ils posent pour l’interprétation et, par conséquent, la traduction.
Dans ce cadre herméneutique, le sens lui-même se révèle comme une entité fluide, en constante évolution et acquisition de nouvelles valeurs à travers les paysages du temps et de la culture. Ce n’est jamais un point unique et fixe, mais plutôt une construction dynamique façonnée par les traditions et les normes sociales de la culture source et de la culture cible. Cette prise de conscience détourne l’attention de la traduction de la traduction mot à mot vers la tâche plus nuancée de transmettre les significations et intentions plus profondes tissées dans le tissu de l’original.
Un élément crucial dans cette danse interprétative est la subjectivité du traducteur. Loin d’être un canal invisible, le traducteur émerge comme un agent conscient, dont la propre compréhension, façonnée par leur horizon culturel et historique, influence inévitablement la recréation du texte. Cela nécessite une réflexion attentive sur diverses stratégies de traduction et d’interprétation, notamment la dichotomie classique de la domestication, qui rapproche le texte étranger de l’expérience culturelle du lecteur, et l’étrangerisation, qui en conserve les qualités étrangères. De même, l’accent peut évoluer entre des approches orientées auteur, lecteur ou textuelles, chacune ayant des implications distinctes pour le résultat interprétatif.
En fin de compte, cette perspective herméneutique offre une perspective profonde pour voir la traduction, allant au-delà de l’équivalence linguistique pour embrasser l’interaction complexe de la compréhension, de l’interprétation et de la médiation culturelle. Il invite ceux qui s’engagent dans le transfert de textes entre langues à reconnaître l’acte interprétatif inhérent au cœur de son cœur, encourageant un engagement plus profond avec les dimensions historiques, culturelles et philosophiques qui façonnent à la fois la création originale et sa réarticulation ultérieure.