L'air du mois de mars, quoique encore frais, ne ressentait plus le froid étouffant de l'hiver, mais un calme profond, comme si la mort elle-même avait irrévocablement ouvert une saison, régnait sur la ville. Des voitures, se bousculant dans les rues étroites, se dirigeaient avec une lenteur funèbre vers la maison du défunt, un maître vénéré dont le décès soudain avait laissé un vide dans de nombreux cœurs. À l'intérieur de l'un de ces véhicules immobilisés, une noble femme, (Saiki-fujin), assise les yeux fermés, la tête appuyée contre un coussin, semblait presque sans vie.
C'est lors de cette sombre réunion que (Kono Henri), un jeune homme qui avait été autrefois le protégé dévoué de Kuki, a de nouveau rencontré Saiki-fujin. Il l'avait rencontrée il y a des années, un souvenir fugace d'un été passé à Karuizawa alors qu'il n'avait que quinze ans en compagnie de son maître. Le chaos du cortège funèbre les a réunis une fois de plus, un regard de reconnaissance partagé, un échange de salutations hésitant et une invitation de la part de l'élégante veuve à Henri pour qu'il vienne chez elle.
Très vite, Henri s'est retrouvé entraîné dans le monde calme et raffiné de Saiki-fujin et de sa fille (Kinuko), une jeune fille de dix-sept ou dix-huit ans, dont les traits délicats, bien que ne ressemblant pas à ceux de sa mère, possédaient une beauté naissante. Leurs conversations tournaient souvent autour de Kuki, une présence palpable même en son absence. Un jour, Kinuko a parlé d'un livre d'art de Raphaël, « La Sainte Famille », qu'elle avait découvert dans une librairie d'occasion, un livre qui portait la signature de Kuki et qu'elle convoitait désormais. Le cœur d'Henri se serra ; il le reconnut instantanément comme un volume que Kuki lui avait offert un jour, un trésor qu'il avait dû vendre dans une période de grande pauvreté.
Cette nuit-là, Kuki est apparu à Henri dans un rêve, parlant de la peinture emblématique de Raphaël. Ce rêve, et peut-être un attrait plus profond et inconscient, ont poussé Henri à aller à la librairie pour récupérer le livre d'art, qu'il a ensuite présenté à Kinuko. Ce secret partagé, né de l'héritage d'un maître adoré, a approfondi le lien entre le jeune homme et la jeune fille. Saiki-fujin, observant les changements subtils de leurs affections, semblait encourager subtilement leur proximité croissante, un architecte silencieux dans leur drame qui se déroulait.
Au fur et à mesure que les jours se transformaient en semaines, une délicate affection a commencé à naître entre Henri et Kinuko. Pourtant, Henri se trouvait de plus en plus agité, l'ombre de l'influence de Kuki restant accrochée à lui. Il a senti un miroir dangereux, une répétition potentielle de la vie complexe de son maître et un désir subtil, presque inconscient, de la part de Saiki-fujin de le voir combler le vide laissé par Kuki. Il a commencé à se retirer, une retraite tranquille loin de l'intimité naissante, ressentant une envie inexplicable d'échapper à la ville et au réseau complexe de relations qui s'était noué autour de la mémoire de Kuki.
Une année s'est écoulée, Henri est parti à la dérive dans des villes inconnues, cherchant du réconfort dans l'anonymat de ses voyages. Il a trouvé une étrange sorte de paix dans cette existence déracinée, un répit temporaire par rapport au poids psychologique qu'il portait. Entre-temps, de retour en ville, Kinuko est tombée malade. Pendant sa maladie, ses sentiments pour Henri se sont cristallisés et, alors qu'elle était confinée, son visage, par une tournure poignante du destin, a commencé à ressembler de façon frappante à celui de sa mère.
Loin d'elle, Henri en est progressivement venu à une profonde prise de conscience : Kuki, son maître vénéré, n'était pas vraiment parti. Il existait toujours, une force puissante et dominante au sein d'Henri lui-même, et les courants chaotiques de sa propre vie étaient dus en grande partie à son incapacité à reconnaître cette présence intérieure durable. Cette compréhension, bien que née d'une douloureuse découverte de soi, a marqué un tournant, une étape tranquille vers la possibilité de démêler son propre destin de l'ombre persistante d'un homme qu'il avait tant admiré.