Kenzō, un homme d'une trentaine d'années, se retrouve à la dérive dans une vie qu'il n'a jamais vraiment choisie. Il est récemment rentré de ses études en Angleterre pour enseigner la littérature anglaise à l'université impériale de Tokyo. Ses journées sont un cycle incessant de recherches universitaires et d'écriture nocturne, dans le but de consolider les finances précaires de la famille. Pourtant, sous ce vernis d'effort intellectuel, une profonde lassitude s'installe en lui. C'est un homme émotionnellement détaché et souvent égocentrique, sujet à des réflexions mélancoliques qui jettent une ombre sur son présent.
Sa vie domestique est un champ de bataille de ressentiments silencieux et de disputes ouvertes avec sa femme, Osumi, qui est enceinte de leur troisième enfant. Leur mariage est un bras de fer constant, témoignage d'une exaspération mutuelle et d'une fierté blessée. Elle le perçoit comme obstiné et socialement maladroit, alors que lui, à son tour, la trouve intellectuellement inférieure à lui. Ce gouffre d'incompréhension s'aggrave chaque jour qui passe, laissant les deux se sentir isolés au sein de leur maison commune.
La lutte silencieuse au sein de sa famille est soudainement amplifiée par la réapparition de son ancien père adoptif, Shimada. Ce personnage, que Kenzō espérait être le fantôme d'un passé lointain, se concrétise aujourd'hui par des demandes persistantes de soutien financier, ravivant un tourbillon de douloureux souvenirs d'enfance. Kenzō se souvient de son enfance sans amour dans le foyer possessif de Shimada, une période de sa vie qu'il avait désespérément essayé de laisser derrière lui. Malgré ses réticences et les commentaires désobligeants d'Osumi, Kenzō se retrouve à plusieurs reprises à céder aux supplications de Shimada.
Cette intrusion malvenue n'est que l'un des fils d'un enchevêtrement d'obligations familiales. Kenzō, qui ne tient aucun de ses frères et sœurs biologiques en haute estime, fournit néanmoins un revenu mensuel à sa demi-sœur malade, Onatsu, dont le mari est censé dilapider ses revenus. Son frère aîné, Chōtarō, sollicite également des prêts, et même le père d'Osumi, un ancien haut fonctionnaire en difficulté après l'échec de ses investissements, se tourne vers Kenzō pour obtenir de l'aide. Il se sent étouffé par ces exigences, ses efforts pour mener une existence indépendante étant constamment mis à mal par les attentes de sa famille élargie.
À mesure que le fardeau financier s'alourdit, le conflit interne de Kenzō s'intensifie. Il est aux prises avec le conflit entre ses idéaux de liberté individuelle influencés par l'Occident et les traditions japonaises profondément ancrées en matière de devoirs et d'obligations familiaux. Il aspire à se débarrasser de « l'odeur de la terre extraterrestre » qu'il a laissée derrière lui, tout en regrettant les limites qu'il perçoit dans la tradition japonaise. Son travail universitaire, autrefois source de fierté, est aujourd'hui considéré comme une autre contrainte, lui laissant peu de temps pour son propre projet d'écriture monumental.
Le roman explore profondément la conscience de Kenzō, retraçant ses réflexions mélancoliques sur un passé marqué par le fait d'être un enfant non désiré, abandonné pour adoption, puis rendu à des parents qui le considéraient comme un fardeau. Il est aux prises avec un sentiment de futilité, pris entre le désir de s'épanouir et l'attraction incessante de sa famille dysfonctionnelle. Le récit raconte son voyage à travers ces souvenirs obsédants et ces prémonitions d'un avenir incertain, où il se sent de plus en plus enfermé et incapable de contrôler les circonstances de sa vie.
La discorde domestique avec Osumi, bien que parfois éclipsée par les exigences les plus pressantes de Shimada, reste une source de douleur persistante. Leur incapacité à vraiment se comprendre, leurs accusations mutuelles d'insensibilité et leur fierté obstinée créent une guerre froide au sein de leur foyer. Chacun attend silencieusement que l'autre concède, pour faire un geste de compréhension, mais rien ne vient vraiment.
Dans un accord final et fatigant, Kenzō parvient à arranger un règlement pour Shimada, dans l'espoir de rompre le lien persistant avec son passé douloureux. Pourtant, même cette résolution n'apporte guère de réconfort. Le récit se termine sans grand triomphe ni chemin clair vers le bonheur. Les difficultés de Kenzō, son égocentrisme et son profond sentiment d'aliénation persistent. Le roman l'emmène aux prises avec les difficultés persistantes des relations humaines et le poids inflexible de sa propre existence, un témoignage poignant des complexités irrésolues de la vie.