Le bruit de l'acier sur l'acier, le sifflement de la vapeur et le grondement rythmé des trains ont constitué le cœur même de notre lutte. J'étais cheminot, Murat Ergun, et ma vie, comme les voies ferrées elles-mêmes, est devenue inextricablement liée au destin d'une nation dans ses heures les plus sombres. Il ne s'agissait pas simplement d'un travail ; c'était une veillée dans le chaos de l'invasion, un effort incessant pour maintenir les artères de notre résistance en mouvement, depuis le moment où l'ennemi a posé le pied sur notre sol sacré jusqu'au jour où il a été repoussé dans la mer.
Mon voyage a commencé à la compagnie ferroviaire d'Aydın, où j'ai occupé le poste d'inspecteur des mouvements, observant la danse complexe de la logistique. Mais lorsque la guerre d'indépendance a éclaté, les chemins de fer sont devenus une bouée de sauvetage cruciale. À la gare de Nazilli, où j'ai occupé les postes exigeants de greffier en chef et de chef du département des mouvements, le rythme de nos journées était dicté par l'avancée de l'ennemi et les besoins urgents de notre armée nationale en plein essor. Chaque télégramme apportait des nouvelles, chaque train transportait de l'espoir, du ravitaillement ou les visages fatigués de ceux qui fuyaient l'obscurité envahissante.
Je me souviens très bien de la tension qui régnait sur Nazilli alors que l'ennemi avançait. L'air crépitait d'appréhension, un silence pesant n'était rompu que par les échos lointains du conflit. Nous savions que l'occupation de Nazilli était imminente, une pilule amère à avaler. Pourtant, dans ce moment de désespoir, un autre type de détermination est apparu. Nous avons préparé les trains sur les quais, non pas pour s'échapper, mais pour un retrait stratégique, pour la poursuite du combat. Le peuple, désespéré mais provocateur, s'est confié à ces destriers de fer, accroché à l'espoir d'un avenir libéré de l'asservissement.
C'était une période de pression immense, de nuits blanches passées à coordonner les mouvements, à faire en sorte que chaque locomotive, chaque voiture serve la cause de la liberté. Les chemins de fer n'étaient pas simplement un moyen de transport ; ils étaient le symbole de notre détermination, un lien tangible entre les lignes de front et le cœur de notre résistance. Nous avons transporté des troupes, des munitions, de la nourriture et les blessés, chaque voyage étant une entreprise périlleuse, chaque arrivée une petite victoire contre toute attente. L'esprit de sacrifice était palpable, qu'il s'agisse des ingénieurs qui attisaient les incendies ou des gardes qui protégeaient la précieuse cargaison.
La guerre a été une tapisserie tissée d'innombrables fils de courage, et les cheminots, bien que souvent invisibles, ont joué un rôle essentiel. Nous avons travaillé sous la menace constante de sabotage et d'attaques, et notre vigilance était inébranlable. Le bruit d'un train qui approchait, autrefois courant, a pris une nouvelle signification, une promesse de défi continu à l'égard de ceux qui cherchaient à éteindre la flamme de notre pays.
Au cours de ces longues années difficiles, nous avons tenu bon, animés par une foi inébranlable en notre cause. Nous avons été témoins du flux et du reflux des batailles, des moments de désespoir et du renversement progressif de la situation. La détermination de Mustafa Kemal et de ses camarades se reflétait dans chaque coup de sifflet d'une locomotive, sur chaque kilomètre de voie que nous entretenions. Le rêve d'une Turquie indépendante, qui n'était qu'une lueur lointaine, a lentement mais sûrement commencé à se concrétiser, pièce par pièce, sur les rails mêmes que nous nous sommes efforcés de préserver.
Et puis, le jour est arrivé. Les murmures de la victoire se transformèrent en rugissement, les retraites de l'ennemi devinrent une déroute. Les envahisseurs, arrivés avec une telle arrogance, sont maintenant repartis dans le désarroi, leurs ambitions brisées contre la volonté indomptable d'une nation. « Ils sont partis comme ils sont venus », une phrase qui résumait le triomphe de notre esprit et le succès ultime de notre lutte. Ma médaille İstiklal à rayures rouges témoigne non seulement de mon petit rôle, mais aussi de l'héroïsme collectif de tous ceux qui ont contribué à ce résultat glorieux. Cette tâche monumentale, cette guerre pour notre existence même, s'est bel et bien terminée.