C'était la fin du monde. Pas avec fracas, mais avec un gémissement de cendres et de froid, un cataclysme indéterminé qui a carbonisé la terre, laissé le ciel perpétuellement gris et le soleil un lointain souvenir muet. Rien n'a poussé. Les animaux avaient disparu. La majeure partie de l'humanité s'était transformée en bandes itinérantes de cannibales, dont le compas moral avait été bouleversé par la famine et le désespoir. Dans ce paysage désolé, un homme et un garçon, son jeune fils, ont déménagé vers le sud, poussant un chariot de courses chargé sur les routes désolées, leur souffle palpitant dans le froid perpétuel.
Leur voyage a été une épreuve d'endurance sans relâche, une lutte quotidienne contre le froid, la faim et la menace constante de découverte par ceux qui avaient perdu toute humanité. L'homme, décharné et souffrant d'une toux persistante qui laissait présager sa mort, portait un pistolet à deux cartouches seulement, une terrible solution de dernier recours. Il était le seul protecteur du garçon, son professeur, son monde entier. Il a appris au garçon à se méfier, à lire les signes de danger dans les villes désertes et les forêts squelettiques. Ils fouillaient sans relâche, fouillant les ruines des magasins de proximité et les maisons abandonnées à la recherche de boîtes de pêches, de craquelins rassis, de tout ce qui pouvait nourrir leur espoir déclinant.
L'homme s'est accroché à des souvenirs fragmentés du monde d'avant, de Green Summers et de sa femme, la mère du garçon, qui avait choisi de mettre fin à ses jours plutôt que de faire face aux horreurs inévitables de cette nouvelle existence. Ces souvenirs étaient doux-amers, contrastant avec la dure réalité de leur présent. Le garçon, qui n'avait connu que ce monde étouffé par les cendres, était un symbole d'innocence et de compassion, exhortant souvent son père à aider des étrangers, même lorsque de tels actes comportaient d'immenses risques. Il était le « feu » dont parlait son père, l'incarnation de la bonté qu'ils essayaient désespérément de perpétuer.
Ils ont eu un aperçu de l'horreur qui régnait sur les routes : un sous-sol rempli de captifs humains, gardés comme bétail par un gang brutal ; l'apparition soudaine et terrifiante d'un agent de la route qui s'est jeté sur le garçon, pour se faire tirer dessus par l'homme. Chaque rencontre, chaque évasion de justesse ont ébranlé la fragile innocence du garçon, ce qui l'a amené à se demander s'ils étaient, eux aussi, en train de devenir comme des « méchants ». L'homme, bien qu'endurci par la nécessité, a dû faire face à ces dilemmes moraux, sachant que chaque acte de survie, aussi brutal soit-il, était pour son fils.
Alors qu'ils se dirigeaient vers la côte, une destination sans promesse, la toux de l'homme s'aggravait, ses forces diminuaient à chaque pas laborieux. Il savait que son temps était compté. Il a essayé de préparer le garçon, de lui inculquer la résilience et la force morale nécessaires pour continuer seul. Il a parlé de porter le feu, d'être bon, de trouver d'autres bonnes personnes, même si le monde qui les entoure n'offrait guère de preuves d'une telle possibilité.
Finalement, sur la plage déserte, l'homme a succombé. Le garçon est resté avec lui pendant trois jours, petit personnage solitaire dans un monde de gris infini, avant de partir seul, tenant son pistolet. C'est alors, dans son isolement le plus total, qu'il a rencontré une autre famille : un homme, une femme et deux enfants. C'étaient de « bons gars » qui portaient le feu, et après un moment de profonde incertitude, le garçon a choisi de leur faire confiance. Il a rejoint leur petite caravane, abordant un avenir incertain, portant le poids de l'amour de son père et la fragile flamme de l'humanité qui sommeille en lui.