Ces pages dévoilent le parcours philologique profond et souvent méconnu de Josep Giner i Marco, un érudit dont l'œuvre de toute une vie a mis en lumière les subtilités de la langue catalane, en particulier sa variante valencienne. Ses études, qui se sont déroulées de 1931 à 1991, témoignent d'un dévouement monumental à la compréhension linguistique et à la préservation de la culture, méticuleusement recueillies à partir d'innombrables notes, articles et collaborations portant souvent le nom d'un autre.
Né à Valence, Giner i Marco a perfectionné son art sous la tutelle de géants tels que Pompeu Fabra et Joan Coromines à l'université de Barcelone, nouant des relations qui façonneront son parcours universitaire. Coromines, en particulier, tenait Giner en haute estime, le considérant comme le plus grand philologue valencien. Leur collaboration a été étendue, Giner ayant contribué sans relâche à des milliers de fiches détaillées sur l'étymologie, l'onomastique et les nuances historiques et dialectales des mots catalans et valenciens, qui se sont révélées inestimables pour les dictionnaires monumentaux de Coromines.
Fervent défenseur des normes linguistiques établies par Fabra, Giner s'est consacré à l'exploration des spécificités grammaticales et lexicales du valencien. Il a défendu avec passion l'idée fausse répandue selon laquelle le valencien n'était qu'un dialecte du castillan, affirmant plutôt son identité inhérente en tant que catalan, avec seulement des divergences mineures liées aux « vulgarismes des incultes ». Ses œuvres pionnières, telles que « Categoria del valencià dins la Gramàtica històrica de les Llengües hispàniques » (1947), cherchaient à établir fermement la place qui revient au valencien dans la grande famille linguistique romane.
Ses recherches se sont étendues au paysage même de son pays natal, comme en témoigne « Introducción a la toponimia valenciana » (1948). Ici, il a méticuleusement dressé la carte toponymique du Pays de Valence, plaidant pour une enquête plus approfondie sur les noms de lieux en tant que clé essentielle pour approfondir les connaissances de la langue et de la culture. Cette œuvre soulignait sa conviction que la langue était inextricablement liée à la terre et à son histoire.
Cependant, l'ombre de la guerre civile espagnole a jeté un voile long et poignant sur la carrière de Giner. Les expériences traumatisantes de ces années lui ont laissé une profonde angoisse de persécution, qui l'a souvent contraint à travailler dans l'anonymat. Nombre de ses contributions inestimables ont ainsi été publiées sous des pseudonymes, tels que Guillem Renat i Ferrís, ou généreusement transmises à d'autres chercheurs tels que Josep Gulsoy, Enric Valor et Francesc Ferrer Pastor, qui les ont ensuite publiées sous leur propre nom. Même la Real Academia Española a bénéficié de sa prodigieuse production, recevant des milliers de ses notes étymologiques et onomastiques détaillées sur la langue espagnole.
Malgré ces défis personnels, Giner i Marco est resté un champion indéfectible de la langue et de la culture valenciennes. Son influence s'est fait sentir non seulement par sa production scientifique directe, mais aussi par le soutien discret et constant qu'il a apporté à d'autres philologues et écrivains pendant la difficile période d'après-guerre. Son esprit conciliant et sa vaste érudition ont fait de lui une figure centrale de la vie intellectuelle de sa communauté.
Cette collection, « Obra filològica (1931-1991) », réunit enfin les fragments épars de son génie, révélant ainsi l'ampleur et la profondeur véritables d'un érudit qui, selon les termes de Coromines, possédait « un grand cœur » et était un « patriote incomparable et passionné ». Il témoigne d'une vie consacrée à l'étude méticuleuse et à la défense ardente d'un patrimoine linguistique, garantissant ainsi que l'impact profond de Josep Giner i Marco sur la philologie et l'identité valencienne soit enfin pleinement reconnu.