Le monde d'Oz n'a pas toujours été un monde de simple bien et de simple mal, mais un lieu grouillant d'intrigues politiques, d'ambiguïté morale et de la souffrance silencieuse de ceux que l'on considérait comme « différents ». C'est dans ce monde que naquit Elphaba, une créature à la peau émeraude, aux dents effrayantes et à l'aversion profonde pour l'eau. Sa naissance, un événement enveloppé de mystère et de scandale, la marqua comme une paria dès son premier souffle, un fardeau pour son père, Frex, fervent unioniste, et une source de honte silencieuse pour sa belle et tourmentée mère, Melena. Seule la nourrice, toujours présente, lui offrit une véritable affection, prenant soin de l'enfant verte qui grandissait isolée, tandis qu'elle observait sa jeune sœur, Nessarose, née sans bras mais comblée de l'adoration de leur père, recevoir l'amour conventionnel qui lui était refusé.
La vie à l'université de Shiz offrait une autre forme d'aliénation, mais aussi les germes de liens profonds. Là, l'intelligence vive et le caractère difficile d'Elphaba s'opposèrent, puis s'entremêlèrent de façon inattendue, à l'ambitieuse et pétillante Galinda. Leur amitié improbable s'épanouit sur fond d'études et de malaise croissant face au climat politique d'Oz, notamment sous l'œil vigilant de l'énigmatique directrice, Madame Morrible. C'est le docteur Dillamond, un éminent professeur de sciences animales, qui éveilla véritablement les passions d'Elphaba, lui révélant l'oppression systémique des animaux et la nature insidieuse du pouvoir grandissant du Magicien.
Le meurtre brutal et inexpliqué du docteur Dillamond bouleversa le monde universitaire d'Elphaba et renforça sa méfiance envers l'autorité. Convaincue que Madame Morrible et le Magicien étaient complices du musellement des défenseurs des droits des animaux, Elphaba abandonna ses études et se lança corps et âme dans un militantisme clandestin au cœur de la Cité d'Émeraude. Elle rejoignit un mouvement de résistance naissant, ses convictions farouches se renforçant à chaque injustice dont elle était témoin. C'est durant cette période tumultueuse qu'elle découvrit un amour inattendu et dévorant avec Fiyero, un prince marié, une passion qui lui offrit de brefs instants volés de tendresse au milieu des troubles politiques grandissants.
Leur amour, cependant, fut tragiquement interrompu. Fiyero fut victime d'une embuscade et assassiné par les impitoyables hommes de main du Magicien, une perte qui déchira l'âme d'Elphaba et la plongea dans un profond chagrin. Se sentant coupable et blâmant les machinations de Madame Morrible, Elphaba se retira du monde, trouvant refuge dans la solitude austère d'un couvent. Des années s'écoulèrent dans une pénitence silencieuse et une réflexion solitaire, durant lesquelles elle donna naissance à Liir, le fils de Fiyero, un enfant dont l'existence témoignait d'un amour à la fois magnifique et voué à l'échec.
Finalement, Elphaba sortit de sa retraite, poussée par un mélange complexe de culpabilité et de nostalgie inassouvie, pour se rendre à Kiamo Ko, le château ancestral de Fiyero, espérant y trouver un peu de pardon auprès de sa veuve éplorée, Sarima. Là, elle découvrit le Grimoire, un ancien livre de sorts interdits, et commença à explorer les arts occultes, développant un don magique latent et se forgeant une réputation grandissante, quoique murmurée, de sorcière. Sa solitude fut interrompue par une nouvelle du Pays des Munchkins : sa sœur, Nessarose, désormais souveraine, avait tragiquement péri sous la chute d’une maison.
Aux funérailles de Nessarose, les retrouvailles avec Glinda furent tendues. Elphaba, bien que paraissant détachée, était consumée par une fureur sourde en apprenant que les précieuses chaussures d’argent enchantées de Nessarose avaient été offertes à l’étrange jeune fille du Kansas, Dorothy Gale. Ces chaussures, croyait Elphaba, étaient son héritage, un symbole de la légende familiale, et elle craignait qu'elles ne deviennent un instrument de plus dans le régime oppressif du Magicien. Son unique obsession devint de les récupérer, une quête qui la mena, balai compris, jusqu'au lointain royaume des Vinkus.
La confrontation était inévitable. Elphaba partit à la recherche du Magicien, exigeant des réponses sur le sort de Fiyero et la capture de sa famille, pour apprendre leur mort brutale. Son chemin croisa alors celui de Dorothy et de ses compagnons. Elle confronta la jeune fille, exigeant la restitution des chaussures, mais Dorothy prétendit qu'elles étaient inexplicablement coincées. Dans une lutte acharnée et désespérée, Elphaba se retrouva engloutie par les flammes. Alors que Dorothy, dans un geste de compassion malavisé, jetait un seau d'eau pour éteindre le feu, le liquide, une abomination pour la peau verte d'Elphaba, causa sa mort rapide et inattendue. Sa vie, une tapisserie tissée de rejet, de convictions farouches et d'amour tragique, s'est conclue non par un acte de méchanceté grandiose, mais par un simple accident fatal, cimentant à jamais sa légende de la Méchante Sorcière de l'Ouest.